Population & Avenir Leitartikel (Nummer 644, Sept - Okt 1999) :
Gérard-François
Dumont, The scenario of the unacceptable
(A demographic prospective made in 1970 et analysed 30 years after)
Le "scénario de l'inacceptable"
Il y a pratiquement trente ans,
en juillet 1970, la Documentation Française publiait sous le titre "Une
image de la France en l'an 2000", un travail de prospective commandé par la
Datar. Il s'agit alors de décrire "à grands traits la société française
telle qu'elle pourrait apparaître aux environs de l'an 200 en l'absence de
toute intervention volontaire". ce rapport propose donc un scénario
tendanciel, ce qui se passerait en cas de "stabilité des critères et modes
de décision". En même temps, les auteurs le considèrent comme ayant une
valeur de "repoussoir". Ils souhaitent en effet, en présentant ce scénario
qu'ils qualifient de pessimiste, encourager une mobilisation pour une France
plus dynamique et plus équilibrée en l'an 2000.
Le caractère pessimiste du scénario figure dès le sous-titre du rapport
intitulé "scénario de l'inacceptable". Ses auteurs de 1970 n'hésitant pas
eux-mêmes à le qualifier de "référentiel", il semble judicieux de comparer
ce scénario, rédigé au présent, à la réalité mesurée par les résultats du
recensement du 8 mars 1999. On découvre ainsi d'importants écarts mais
également beaucoup de ressemblances. Les écarts portent sur les chiffres
globaux :
- les 66 millions d'habitants envisagés pour la France métropolitaine de
2000 sont en réalité moins de 59 millions ;
- évaluée dans une hypothèse d'âge de la retraire à 55 ans, la population
active, annoncée à 24,5 millions de personnes, est en
réalité de 26 millions, en raison de la montée du travail féminin ;
- le nombre des naissances escompté pour 2000, alors considéré comme une
"faible natalité", est une fourchette entre 1 150 000
à 1 200 000 ; or le chiffre réel des naissances, sauf effet
"millénaire", sera en 2000 très vraisemblablement inférieur à 800 000,
donc beaucoup plus faible encore.
En revanche, on est frappé par la proximité entre les annonces du "scénario
de l'inacceptable" et la réalité constatée :
- le scénario prévoit pour 2000 une France "faiblement peuplée par rapport
aux autres pays européens" : la comparaison des
densités des pays de l'Union européenne montre que c'est
effectivement le cas ;
- "La durée de la scolarité de l'enseignement, les temps de formation
professionnelle ont fortement augmenté". Comme, en outre,
l'âge de la retraite a été avancé, la "population active a, en
charge, une partie croissante de l'ensemble de la population : c'est
exact et d'ailleurs les taux de dépendance des personnes âgées sur
les personnes d'âge actif vont considérablement augmenter ;
- "L'ensemble de la population est concentrée dans des zones de
polarisation" : le recensement de 1999 montre effectivement
l'accentuation de la concentration du peuplement dans quelques
métropoles ;
- "Les mouvements migratoires intérieurs et extérieurs tendent à renforcer
les déséquilibres démographiques". Cela correspond
exactement aux chiffres révélés en 1999 avec les écarts croissants
entre des espaces en voie de dépeuplement et les autres.
Avec le "scénario de l'inacceptable", rédigé en 1970, il s'agissait de
prévoir pour ne pas voir, de susciter des politiques capables d'empêcher à
la fois les risques de perte de vitalité démographique et surtout une France
duale incapable de faire bon usage d'un territoire exceptionnel, qui est le
troisième d'Europe par sa superficie, après la Russie et l'Ukraine.
Or, grosso modo, c'est le "scénario de l'inacceptable", aggravé par
un moindre dynamisme démographique, que le résultats du recensement font
ressortir. Pour tous ceux qui se préoccupent de la qualité de vie en France
et en Europe, comme du rôle de l'espace français en Europe et dans le monde,
un double devoir s'impose : analyser avec objectivité et lucidité la
nouvelle France dessinée par les chiffres du recensement ; tirer les
enseignements des réalités démographiques pour déployer des politiques
nationale, régionale et locale d'aménagement du territoire adaptées aux
besoins du XXIe siècle.
Gérard-François DUMONT
|